Nissan va moins mal

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Nissan -qui cloturera son exercice comptable en mars 2021- a présenté les résultats de son troisième trimestre (oct. Nov. Déc. 2020). Bien que, sur les 9 mois, les résultats soient clairement négatifs, l’amélioration sur le dernier trimestre est nette. Elle est essentiellement attribuable à l’effort mis sur la "qualité des ventes", en Amérique du Nord en particulier. Bien que peu enthousiasmant, cet effort de rationalisation s’avérait nécessaire et est conduit assez efficacement. Cela laisse espérer que, pour Nissan d’abord et pour l’Alliance ensuite, les parts plus offensives des plans dont les alliés se sont dotés puissent prendre rapidement le pas sur le volet très défensif qui prévaut encore.

La conférence de presse qui a accompagné la présentation des résultats de Nissan pour l’avant dernier trimestre (Q3) de l’exercice comptable 2020-2021 a fait intervenir le duo Makoto Uchida (CEO) - Ashwani Gupta (COO) et laissé chez les observateurs l’impression que, après deux ans de crise (bien loin des vociférations libanaises de Carlos Ghosn qui raillait cet été les résultats lamentables des deux entreprises et l’incurie de leurs dirigeants), l’entreprise est dirigée et en mesure de tenir les engagements dont elle a assorti son plan Nissan Next.
 
Pour l’heure, chez Nissan comme chez Renault, la primeur est donnée au retour à la profitabilité et cela se traduit assez évidemment par une forte propension à laisser filer les volumes pour pouvoir afficher une "qualité des ventes" nettement améliorée. Ainsi, sur les neuf derniers mois de 2020 (correspondant aux trois premiers trimestres de l’année comptable de Nissan), Nissan estime l’évolution des ventes mondiales à -16,2% (de 65 à 55 millions) et assume une variation de ses propres ventes de -23,4% (de 3,7 à 2,78 millions).
 
L’écart (et donc la perte de parts de marché) est faible en Chine (-9,7% vs -9,1%). Il est de plus de 5 points au Japon (-17,3% vs -12%), de 7,5 points en Europe (-28,9% vs -21,4%) et dépasse les 17 points en Amérique du Nord (-34% vs -16,8%).
Sur le dernier trimestre, les ventes mondiales se redressent (de 2,1%) mais Nissan laisse encore ses ventes filer à la baisse (de 9,6%) en Europe et en Amérique du Nord en particulier.
 
L’Amérique du Nord reste le "gros dossier" pour Nissan puisque, en 2019, Etats-Unis et Canada représentaient encore un gros 1/3 des volumes vendus par Nissan et que, ces 15 dernières années, l’essentiel des profits y étaient liés avant que cette profitabilité ne s’effondre après 2015.
 
En 2020, les ventes en Chine deviennent plus importantes que les ventes en Amérique du Nord : sur les neuf premiers mois de 2019, Nissan avait vendu 1,28 millions de véhicules en Amérique du Nord et 1,09 en Chine; en 2020, les chiffres équivalents sont de respectivement 845 000 et 985 000 et A. Gupta a du consacrer une bonne part de son énergie à tenter de convaincre que cette très importante baisse des volumes et des parts de marché était saine, voulue et destinée à être corrigée une fois la qualité des ventes restaurée. 
 
De ce point de vue, le COO peut exhiber, sur le Q3, quatre indicateurs de qualité des ventes qui sont clairement au vert en Amérique du Nord quand on fait la comparaison avec les trois mêmes mois de 2019 : le CA par véhicule vendu est en hausse de 5%; les stocks des concessionnaires sont passés de 143 à 88 jours (- 27%); les aides par véhicule ont baissé de 2 points; les ventes à flottes dans le mix ont perdu 12 points.
 
Le nouveau Rogue lancé en fin d’année incarnerait la nouvelle dynamique vertueuse telle que les dirigeants de Nissan espèrent qu’elle se noue en 2021 : les ventes en concessions (hors ventes à flottes) de Rogue (ancien modèle) étaient en deçà de 30.000 sur les trois premiers mois de 2020; elles sont au-dessus de 40.000 sur les trois derniers mois alors que, sur les trois mêmes mois, les prix de vente ont cru de 22%.
 
Si toute la gamme américaine rentre dans cette dynamique, la qualité des ventes cessera d’être nuisible aux volumes vendus et aux parts de marché et l’Amérique du Nord redeviendra pour Nissan la vache à lait qu’elle était. C’est très explicitement le but poursuivi depuis quelques temps déjà. Les nouveaux Pathfinder et Frontier sont censés mettre leurs pas dans celui du nouveau Rogue.
 
Une allusion au nouveau Qashqai en Europe suggère que l’Europe pourrait suivre le même chemin mais l’affirmation est restée bien timide et le wait and see semble primer. La Chine et les performances qu’y réalise la Sylphy en améliorant ses parts de marché tout en résistant mieux que la concurrence à la très nette baisse des prix de transaction serait davantage en ligne avec le plan Next.
 
Ledit plan Next est essentiellement présenté comme un plan de rationalisation et les quelques évocations des objectifs de décarbonation et/ou d’électrification pèsent finalement bien peu par rapport aux deux obsessions que sont la qualité des ventes d’un côté et l’optimisation des coûts de l’autre.
 
Le premier objectif est opérationnalisé à travers le chiffre d'affaires par véhicule (en hausse de 1,7% au Q3) qui est lui-même associé à la baisse des ventes à loueurs (-6 points dans le mix), à la baisse des stocks totaux ie de Nissan et de ses dealers (-25%) et à celle des aides (-0,7 points). Quant au second, son atteinte est référée aux baisses des coûts fixes (de 12% au Q3), elles-mêmes subdivisées en quatre postes : fabrication (-9%) ; conception et R&D (-8%) ; frais généraux (-9%) ; marketing et ventes (-27%).
 
Ce dernier indicateur indique qu’au fond la "qualité des ventes" est sinon l’alpha et l’omega du moins le cœur du management de Nissan pour les mois passés comme pour les mois à venir. La réaffirmation constante de cette priorité finit semble-t-il par porter ses fruits et, de ce point de vue, le troisième trimestre est marqué par un résultat d’exploitation qui redevient positif (de 27,1 milliards de yens) après avoir été de -153,9 milliards de yens au Q1 et de -4,8 milliards de yens au Q2.
 
Par rapport à ce qu’avait été ledit résultat un an avant l’amélioration est notoire puisque, au Q3 2019, le résultat n’était que de 22,7 milliards de Yens : si tel est le cas, c’est parce que les effets très défavorables des variations de change et – surtout – des volumes vendus ont été plus que compensés par l’amélioration de la qualité des ventes et les baisses de coûts fixes.
Même si, pour 2020 -et pour l’exercice 2020-2021 de Nissan-, ceci ne permettra pas de dégager un résultat net positif et impliquera que Nissan contribue encore négativement aux résultats de Renault, Nissan est effectivement en train de se rétablir et s’adosse pour cela en partie à l’Alliance.
Si cela devait se confirmer, et Renault et Nissan devraient, en 2021, renouer avec les profits et commencer de se pencher sérieusement sur la partie de leurs plans un peu plus offensive qui est, pour quelques mois encore, laissé bien en retrait.
 

 15/02/2021

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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